LE DOSSIER ÉDITORIAL

 

Vous avez terminé l’écriture de votre livre ? Vous l’avez dûment fait corriger par un(e) correcteur(rice) d’édition ? Vous l’estimez prêt à aller tenter sa chance auprès d’une maison d’édition ?
Alors cet article est pour vous !
Si vous souhaitez mettre toutes les chances de votre côté pour être repéré par un éditeur, il est essentiel de joindre à votre manuscrit un dossier éditorial complet.
Comme vous le savez, les maisons d’édition croulent sous les manuscrits.

Les auteurs(rices) envoient très souvent leur roman en pièce jointe d’un courriel contenant une brève présentation d’eux(elles)-mêmes.

Quelques-un(e)s pensent à joindre leurs coordonnées, notamment téléphoniques, pourtant essentielles pour que l’éditeur(rice) les contacte facilement.

Encore moins nombreux sont celles et ceux qui envoient une biographie qui permet à l’éditeur(rice) de mieux les connaître.

Et ne parlons pas de ceux(celles) qui pensent à joindre une note d’intention ! Ils(Elles) sont rarissimes.
Pourtant, afin de « sortir du lot », si vous souhaitez être publié et faire partie des professionnel(le)s de l’écrit, vous devez envoyer des documents qui attesteront de votre professionnalisme.

 

Composition d’un dossier éditorial

 

Un dossier éditorial est constitué des documents suivants :

  • Votre manuscrit ;
  • Le résumé de votre livre ;
  • Une note d’intention ;
  • Une présentation de qui vous êtes, de votre parcours, de votre métier actuel et de vos passions. À ce texte vous ajouterez vos coordonnées complètes.

 

Chacun de ces documents doit être soigné, que ce soit dans son fond, comme dans sa forme. Chacun d’eux montrera à l’éditeur(rice) avec quelle personne, et plus encore avec quelle personnalité, il(elle) va travailler s’il(elle) choisit de publier votre livre.
Il est important de rappeler que l’éditeur(rice) n’est pas votre ennemi(e) – dans la plupart des cas, bien entendu : je ne parle pas ici des éditeurs malhonnêtes.

Vous devez vous adresser à lui(elle) comme vous le feriez avec n’importe quel(le) autre professionnel(le) avec lequel(laquelle) vous souhaitez travailler pour obtenir un résultat qui vous satisfera. Lancer une collaboration sur des bases saines et claires est le prérequis d’une collaboration réussie.

 

Votre manuscrit

 

Normalement, au moment où vous souhaitez le soumettre à l’édition, il est terminé. Vous y avez mis tout votre cœur, toute votre inspiration, vos meilleures idées, votre temps et votre énergie. Vous avez certainement fait appel à l’un(e) ou l’autre des professionnel(le)s de l’accompagnement à l’écriture dont j’ai parlé dans l’article du 6 juillet, « Les métiers de l’accompagnement à l’écriture ».

Si ce n’est pas le cas, je vous encourage à le faire. Aucun manuscrit ne passe la sélection du comité de lecture si sa structure est bancale, s’il regorge d’incohérences narratives, si la syntaxe est en souffrance et s’il est bourré de fautes d’orthographe, de grammaire, de conjugaison et de typographie, ou encore si la mise en page le rend illisible.
Si votre livre est prêt, alors enregistrez-en deux versions : une au format PDF et une au format Word, afin de répondre aux différentes demandes de chaque maison d’édition.

Évidemment, vous pouvez le protéger en le déposant auprès de la Société des Gens de Lettres (SGDL), ou encore auprès d’un notaire.

 

Le résumé de votre livre

 

Écrire un résumé est l’exercice le plus difficile, pour tout le monde.

Le résumé est souvent confondu avec le synopsis ou la quatrième de couverture.
Un synopsis est un récit très bref qui donne une vue d’ensemble sur le scénario. Ce mot se rapporte au cinéma. En littérature, il s’agit d’un résumé. L’emploi du terme « synopsis » pour « résumé » est un abus de langage.

Le synopsis est au film ce que le résumé est au livre.
De son côté, la quatrième de couverture doit éveiller la curiosité des lecteurs et, forcément, elle ne doit rien dévoiler du contenu du livre. Il s’agit d’un très court paragraphe (voire deux), placé sur le dos du livre imprimé.

 

Enfin, le résumé doit dévoiler les principaux rebondissements et la fin du récit. Il est adressé à l’éditeur qui doit tout connaître de l’histoire, en une page. Le résumé doit tout lui dire.

 

Attention ! À ce sujet, ne vous fiez pas à ce qu’en dit une plateforme connue sur sa page intitulée : « Synopsis, résumé, scénario : quelle différence ? ». Vous y lirez, je cite : « Dans un résumé ou une quatrième de couverture, on ne dévoile pas la fin ou les rebondissements de l’action (puisque le but, c’est de faire acheter le livre !). »

Eh bien ! si, au contraire ! Le résumé DOIT tout dévoiler, car il doit permettre à l’éditeur d’avoir une vision d’ensemble du contenu du livre sur lequel il va travailler. Le résumé n’est jamais adressé aux lecteurs.
Voici les définitions de « résumé », que vous pourrez trouver dans différents dictionnaires :

« Présentation abrégée, orale ou écrite, qui rend compte de l’essentiel » et « Texte court qui récapitule à des fins didactiques ce qu’il faut retenir d’un sujet, d’un auteur, d’un livre. »
Un résumé donne à lire l’essentiel de l’histoire ; il ne s’agit pas d’une simple mise en bouche.

Vous devez convaincre, pas seulement « donner envie ».
Inutile de rappeler l’importance, ici aussi, de veiller à ce que cet écrit respecte la langue française.

 

La note d’intention

 

Il s’agit du document que je préfère.

Il permet à l’éditeur(rice) de savoir pour quelles raisons l’auteur(rice) a écrit et de connaître le message qu’il(elle) veut adresser au monde à travers son récit. Ce document est précieux dans le sens où il permet à l’éditeur(rice) d’estimer si les choix narratifs de l’auteur(rice) servent ses intentions ou s’ils sont maladroits, voire inadaptés.
La note d’intention est votre argument numéro un pour éveiller l’intérêt d’un comité de lecture et/ou de l’éditeur(rice).

Ce texte doit présenter votre manuscrit et donner un aperçu de votre travail. Sa qualité influencera fortement la réception de votre projet. Il est donc important de prendre le temps de la rédiger avec soin.

La note d’intention a pour objectif de faire apparaître les arguments ainsi que les réflexions qui motivent et animent vos choix narratifs, le message que vous souhaitez transmettre au monde, les axes de recherche et/ou de réflexion que vous avez souhaité suivre, tant sur le fond que sur la forme du récit. Elle explicite les orientations de sens données à votre écrit au regard des choix stylistiques pris pour sa mise en forme.

Cette note peut également apporter des précisions sur l’utilisation des ressources qui ont nourri votre œuvre : recherches sur le Web et sources de vos données, recours à différents livres, revues scientifiques ou tout autre document, etc.

 


La note d’intention présente à votre futur(e) éditeur(rice) les raisons pour lesquelles vous avez voulu écrire votre récit et le contexte dans lequel vous l’avez fait.
Elle accompagne tous les projets culturels et artistiques qui souhaitent obtenir une subvention, une exposition, une diffusion.

Si elle accompagne votre livre, ce dernier aura davantage de chances d’être repéré au milieu des centaines de manuscrits qui arrivent chaque jour dans les maisons d’édition.
La note d’intention tient en quelques paragraphes. À l’instar du résumé, elle ne doit pas dépasser une page.
Vous devez énumérer les idées les plus importantes de votre projet, tout en expliquant la façon dont vous les avez traitées. Cela doit être présenté de manière simple, claire et honnête.

Pour vous aider, voici quelques questions à vous poser (liste non exhaustive) :

  • A quelle(s) question(s) avez-vous voulu répondre à travers cette histoire ?
  • Quelle(s) problématique(s) (humaines, animales, végétales, philosophiques, scientifiques…) avez-vous voulu explorer ?
  • Avez-vous déjà écrit un livre similaire et, si oui, qu’allez-vous chercher de plus dans ce travail ?
  • À quelles réflexions voulez-vous amener votre lectorat ?
  • Quelles sont vos propres réflexions, celles qui vous ont amenées à écrire ce texte ?
  • Quelles lectures, auteurs, artistes, films, musiques vous ont influencé(e) ?
  • Souhaitez-vous amener le monde à une prise de conscience ?
  • Exprimez-vous une révolte, un coup de gueule ?
  • Quels sentiments et émotions voulez-vous faire naître à travers votre récit ?
  • Quelles idées principales avez-vous voulu transmettre ?
  • En somme : pourquoi avez-vous écrit ce livre de cette manière ?

 

Comme tout document important, la note d’intention gagne à suivre le schéma classique d’une rédaction. On y trouvera :

  • Une introduction, qui présentera en quoi consiste votre écrit ;
  • La partie principale explicative ;
  • Une conclusion, qui résumera les éléments clés.

Bien entendu, vous veillerez à l’orthographe, à la grammaire, à la conjugaison et à la mise en page.
 

Votre présentation personnelle

 

En sept ans, j’ai reçu toutes sortes de présentations. Elles vont de la simple phrase : « Je m’appelle … et je vous envoie mon roman… » (sans formule de politesse pour ouvrir le propos ; parfois même, aucun texte ne se trouve dans le corps du mail qui transporte le manuscrit en pièce jointe…) à la description d’un pedigree de publications long comme le bras.

Vous l’aurez compris, une présentation personnelle se situe entre ces deux extrêmes.
Vous devez fournir à votre éditeur(rice) des informations élémentaires, tels que vos nom, prénoms, adresse, numéro de téléphone et adresse courriel.

Le numéro de téléphone lui permettra de vous contacter rapidement si votre livre lui a plu et, parfois, il permet de pallier des problèmes de courriels tombés dans les indésirables (ce qui arrive souvent aux courriels de Plumes Ascendantes…).
L’éditeur(rice) a aussi besoin de connaître votre âge (et vous demandera votre date de naissance pour établir un contrat d’édition), votre parcours professionnel (études, formations, métiers) et personnel (centres d’intérêts, vie de famille, etc.)

Sur ce dernier point, il faut savoir que les impératifs professionnels et familiaux pèsent dans le parcours éditorial d’un livre : ils impactent les délais de réécriture, de correction et les différentes validations demandées (illustrations, infographie, etc.) Il est toujours bon de préciser à votre éditeur(rice) si vous avez un travail à temps plein ou à temps partiel, si vous avez une famille à gérer, ou encore si vous pratiquez des activités sportives ou culturelles pendant vos temps libres, afin qu’il(elle) puisse établir un planning de travail le plus adapté possible à votre situation, tout en jonglant avec ses propres impératifs éditoriaux.
Souvenez-vous que votre futur(e) éditeur(rice) sera votre partenaire professionnel(le) pour les mois, voire les années à venir. La réussite de votre collaboration dépend de la qualité de la communication mise en place d’emblée entre vous, tout comme de la qualité des informations transmises de part et d’autre.
Inutile de lui dresser la liste de vos publications précédentes : il suffit de dire, par exemple, que vous avez été publié(e) par telle ou telle maison d’édition. Vos publications passées peuvent témoigner de votre expérience d’auteur(rice), mais elles ne garantissent pas la qualité du texte que vous soumettez.

Je vais même vous conseiller une autre approche pour présenter vos œuvres : envoyez un portfolio en pièce jointe, c’est-à-dire un visuel regroupant les couvertures de vos livres publiés. C’est toujours plus sympa à découvrir qu’une série de titres écrits noir sur blanc.
Bien sûr, n’oubliez pas les formules de politesse pour démarrer et conclure vos courriels.
 

Pour finir, je dois rappeler deux points importants :

  • Relisez-vous ! Ce n’est pas très agréable de recevoir le copié-collé d’un courriel adressé à une autre maison d’édition ;
  • Visitez le site Web de la maison d’édition à qui vous soumettez votre manuscrit ! Vous y dénicherez la ligne éditoriale et les consignes de soumission. Cela vous évitera d’envoyer votre travail au mauvais destinataire et, forcément, d’attendre en vain une réponse de sa part.

 

 

En conclusion, à l’ère du numérique, il est très simple d’envoyer votre manuscrit à des centaines d’éditeurs en quelques clics. Cela ne doit pas vous empêcher de préparer minutieusement cet envoi en amont, par la constitution d’un dossier éditorial complet. Ce dossier vous permettra de vous démarquer, d’appuyer le sérieux de votre travail et de préparer le terrain pour une éventuelle aventure littéraire de longue haleine. Rédigez chaque document avec la même attention que votre livre. Et n’oubliez pas d’écrire un petit texte dans le corps de votre courriel, et pas dans le titre !

À vos plumes !
H.G.