Les Femmes et la science(-fiction) : Katherine Johnson

Après la chercheuse américaine Andrea Ghez, le mois dernier, aujourd’hui, zoom sur Katherine Coleman Goble Johnson, mathématicienne et ingénieure spatiale américaine.

C’est en regardant l’excellent film Les Figures de l’ombre, sorti le 8 mars 2017, que j’ai découvert son histoire extraordinaire. Ce film est tiré du livre de Margot Lee Shetterly : Hidden Figures, paru en 2016.

 

Katherine Coleman Goble Johnson

 

Katherine Coleman est née le 26 août 1918 à White Sulphur Springs, en Virginie Occidentale, aux Etats-Unis. À l’école, elle montre très tôt un talent pour les mathématiques. Or, en pleine ségrégation raciale, il est très compliqué pour les jeunes Afro-Américains de poursuivre leurs études après le collège, tout simplement parce qu’il n’existe bien souvent pas d’établissement pour les accueillir. En effet, ils n’ont pas le droit d’aller étudier dans les mêmes établissements que les Blancs. C’est le cas du Comté où vit la famille de Katherine (elle est la cadette d’une fratrie de quatre enfants). Pour autant, ses parents l’encouragent à poursuivre ses études. Son père va ainsi les emmener, à chaque rentrée scolaire, dans le Comté voisin, afin qu’ils puissent aller au lycée.

Katherine Coleman, surdouée, entre ainsi au lycée à l’âge de 10 ans. A 14 ans, elle est diplômée de l’école secondaire et intègre l’Université d’Etat de Viriginie-Occidentale. Cette Université est historiquement « noire ». La jeune fille y suit tous les cours de mathématiques à sa disposition. Elle bénéficie même de l’enseignement privilégié de William Waldron Schieffelin Claytor, qui crée des cours à sa mesure. Katherine obtient son diplôme de mathématiques en 1937, à l’âge de 18 ans, avec « la plus haute louange ».

En 1939, elle se marie avec James Goble. Dans le même temps, elle réalise un véritable exploit : elle est l’une des trois Afro-Américains, et la seule femme ! à être sélectionnée par le président de l’Etat pour intégrer le programme de mathématiques de l’Université de Virginie-Occidentale, suite à une décision de la Cour suprême des Etats-Unis. Cette décision importante de la Cour oblige en effet les Etats « qui comptent une école pour étudiants blancs à également fournir une éducation publique aux étudiants noirs, soit en autorisant Blancs et Noirs à fréquenter le même établissement, soit en créant une seconde école pour les Noirs ». Cette décision permet à Katherine de quitter momentanément son poste d’enseignante, qui ne la satisfait pas. Mais cela ne durera qu’une année. En effet, elle va choisir de fonder une famille avec James : ils auront trois filles. Ce n’est que lorsque les petites auront un peu grandi que Katherine Goble reprendra le chemin de l’enseignement. (Voir la biographie de Katherine disponible sur le site de la NASA.)

En 1952, Katherine Goble apprend que le NACA (pour : National Advisory Committee for Aeronautics, l’ancêtre de la NASA, pour National Aeronautics and Space Administration) recrute des mathématiciens. Elle accepte le poste qui lui est proposé en 1953, à savoir : analyser les données des boîtes noires des avions et contrôler les calculs de ses supérieurs. Elle travaille dans une équipe uniquement composée de femmes noires. Le film Les Figures de l’ombre met parfaitement en scène la ségrégation raciale dont elles sont victimes alors. (C’en est révoltant, tellement ces séparations fondées sur la différence de la couleur de la peau sont stupides et arriérées. Les Etats-Unis n’en ont d’ailleurs pas fini avec le poids de leur histoire, à ce niveau, au vu des derniers événements graves qui s’y sont produits et s’y produisent encore, cette année.)

En 1956, James Goble décède d’une tumeur cérébrale incurable. Katherine se remarie en 1959 avec un autre James : James A. Johnson. Ils s’installeront à Hampton, en Virginie.

À l’époque, Katherine Johnson est considérée comme un « calculateur humain », au point qu’elle est réaffectée à la division de guidage et de contrôle de la division de recherche en vol de Langley. Cette équipe est entièrement masculine, et Katherine s’y intègre rapidement. Elle réussit à s’imposer par son travail et son mérite.

Ainsi, de 1958 à 1986 – année de sa retraite – elle travaille en tant que technologue en aérospatiale, et devient ingénieure. Elle dira de la NASA, en 2010, qu’elle « était une organisation très professionnelle. Ils n’avaient pas le temps de s’occuper de ma couleur. » Ils avaient trop besoin de ses capacités ! (Voir l’article publié le 24 février 2020, et écrit par Robin Verner.) Katherine Johnson analyse et contrôle les trajectoires des vaisseaux Freedom 7 de la mission Mercury-Redstone 3 ; puis celle du vaisseau Friendship 7, de la mission Mercury-Atlas 6, qui enverra John Glenn dans l’espace ; puis celles de la mission Apollo 11 ; et même celle de la navette spatiale. Au cours de ces trente années passées à la NASA, « Katherine Johnson a développé des équations cruciales ayant permis aux Etats-Unis d’envoyer des astronautes en orbite et sur la Lune. » Ses formules sont « toujours utilisées dans la science aérospatiale contemporaine. » (Citation tirée de l’article du Monde, du 24 février 2020.)

Décollage de Freedom 7.

Décollage de Friendship 7.

Décollage d’Apollo 11.

Décollage de la navette spatiale américaine.

Néanmoins, Katherine Johnson reste relativement inconnue du grand public jusqu’en 2015. Cette année-là, Barack Obama lui décerne la médaille présidentielle de la liberté. En 2019, elle reçoit la médaille d’or du Congrès, la plus haute distinction civile qui peut être accordée aux Etats-Unis.

Katherine Johnson est décédée le 24 février 2020, à l’âge de 101 ans. Parce qu’elle se fichait des barrières imposées à son époque aux Afro-Américains et aux femmes, parce qu’elle a toujours travaillé pour « donner le meilleur d’elle-même », pour mettre ses dons extraordinaires au service de la recherche scientifique et de la conquête spatiale, et ainsi exercer un métier qui la passionnait, elle est une femme d’exception, une véritable héroïne, une pionnière dans la lutte contre toutes les formes de discrimination.

 

Quelle importance notre couleur de peau ou notre sexe ? Nous sommes tous humains, et chacun de nous a sa pierre à apporter à l’édifice de l’humanité, à son développement, à ses progrès dans tous les domaines. Le jour où tout le monde aura compris ça, l’humanité pourra faire un réel bond en avant sur le chemin de l’évolution. Et nous pourrons alors peut-être devenir une civilisation de type I (voir mon article du mois dernier sur “la sphère de Dyson”.)

H.G.

Pour ceux qui n’auraient pas encore vu Les Figures de l’ombre, je vous mets la bande-annonce ci-dessous, et je vous conseille vivement d’aller le voir :

Articles précédents, dans la série “Les Femmes et la science(-fiction)” :

Andrea GHEZ, astronome, chercheuse américaine – juin 2020 ;

Célia IBANEZ, écrivaine française de science-fiction – mai 2020 ;

Katie BOUMAN, scientifique américaine – avril 2020 ;

Marie CURIE, scientifique naturalisée française, d’origine polonaise – mars 2020.

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