Les Femmes et la science(-fiction) : Emmanuelle Charpentier

Après le portrait de l’auteure Magali GUYOT, le mois dernier, aujourd’hui, zoom sur Emmanuelle Charpentier, biochimiste et microbiologiste française.

Emmanuelle Charpentier s’est vue décerner le prix Nobel de chimie, le 7 octobre 2020, conjointement avec l’Américaine Jennifer Doudna.

 

Emmanuelle CHARPENTIER

Biographie, parcours et distinctions

Biographie

Emmanuelle Charpentier est née le 11 décembre 1968, à JUVISY-SUR-ORGE, dans le département de l’Essonne, en France. Elle étudie la biochimie, la microbiologie et la génétique à l’Université Pierre et Marie Curie, à Paris – aujourd’hui renommée “Université Sorbonne”.

En 1995, à 27 ans, elle obtient son doctorat en microbiologie grâce à ses recherches effectuées à l’institut Pasteur.

A partir de 1996, elle poursuit sa carrière scientifique aux Etats-Unis, à l’Université Rockefeller de New York, au centre médical de l’Université de New York et à l’institut de médecine biomoléculaire Skirball, lui aussi situé à New-York.

Elle revient en Europe en 2002. À 34 ans, elle intègre un groupe de recherches à l’Université de Vienne, en Autriche, en tant que professeure associée dans le laboratoire Max F. Perutz. Elle est habilitée à poursuivre ses recherches en microbiologie.

En 2009, elle est nommée à l’Université d’Umeâ, en Suède. Elle exerce en tant que professeure associée dans le laboratoire de médecine des infections moléculaires de l’université.

En 2012, à 44 ans, elle publie, avec Jennifer Doudna, une étude montrant que CRISPR-Cas9 peut couper des morceaux d’ADN spécifiques in vitro, dans le journal Science. CRISPR-Cas9 est un véritable couteau suisse génétique qui cible un morceau d’ADN, le coupe, le corrige ou le remplace. (Nous en reparlerons plus bas dans cet article.)

De 2013 à 2015, Emmanuelle Charpentier est à la tête du Département de recherches sur la régulation des infections biologiques de l’institut Max Planck. À cette période, elle est aussi professeure à l’Université de médecine de Hanovre, en Allemagne.

En 2015, elle est nommée Membre scientifique de la Max Planck Society, à Berlin, en Allemagne. De 2015 à 2018, elle est directrice du Département de régulation des infections biologiques du même institut.

Depuis 2016, elle est professeure honoraire de l’Université Humboldt, à Berlin.

En 2018, elle fonde, avec l’institut Max Planck, une Unité pour la science des pathogènes.

Sa vie professionnelle mouvementée occupe tout son temps. Emmanuelle Charpentier n’est pas mariée et n’a pas d’enfant.

Image tirée de l’interview du 07/10/2020.

Parcours

Emmanuelle Charpentier est mondialement reconnue comme une experte dans les mécanismes qui interviennent lors d’une infection et dans les réactions des systèmes immunitaires des bactéries pathogènes. Son équipe de chercheurs et elle ont fait de nombreuses découvertes concernant la résistance des bactéries aux antibiotiques. Elles ont étudié quels chemins les molécules pathogènes empruntaient pour cela et ce qui les rendait encore plus virulentes.

Avec sa découverte révolutionnaire dans le domaine de la médiation et de la régulation de l’ARN, grâce à la mise au point de la technique CRISPR-Cas9 – les fameux “ciseaux génétiques” –, Emmanuelle Charpentier a posé les bases du développement d’une nouvelle technologie d’édition et d’ingénierie du génome, polyvalente et spécifique.

Emmanuelle est inventeure et copropriétaire de la propriété intellectuelle fondamentale de la technologie CRISPR-Cas9. Elle est co-fondatrice de CRISPR Therapeutics et ERS Genomics, deux sociétés qu’elle a créées avec Rodger Novak et Shaun Foy, pour développer la technologie d’ingénierie du génome CRISPR-Cas pour des applications biotechnologiques et biomédicales. (Source : site Internet d’Emmanuelle Charpentier.)

La question que l’on se pose est : pourquoi Emmanuelle Charpentier n’est-elle pas revenue en France poursuivre ses recherches ? Parce que cela ne lui aurait sans doute pas été possible, « tant la peur des OGM et de tout ce qui touche aux mutations génétiques paralysent la recherche. […] Il n’y a qu’un problème, ou qu’un malheur, c’est que c’est interdit en France et en Europe, décision de la Cour de justice européenne en 2018. Les techniques d’édition des gènes sont classées et réglementées comme des OGM et donc proscrites. L’Europe est d’ailleurs la seule grande puissance à considérer CRISPR-Cas9 comme une technique OGM. » Citation extraite de l’émission C à vous, voir la vidéo ci-dessous :

 

Tout comme il n’aurait pas été possible à Emmanuelle Charpentier de créer sa propre entreprise tout en étant chercheuse : « Un chercheur en milieu hospitalier ou universitaire n’a quasiment pas le droit de cumuler son salaire avec une autre rémunération. Alors vous pensez ! Créer une boîte ? Non, impossible. Alors, c’est tout le monde sous la toise de l’égalitarisme. Le système universel saupoudre l’argent au lieu de le flécher vers l’excellence […] C’est le règne de la moyenne. » Citation de Nicolas Beytout, intervenu sur Europe 1 le 8 octobre 2020 (vidéo à voir ci-dessous).

 

Distinctions

Pour sa contribution et celle de son équipe à la découverte de CRISPR-Cas9, Emmanuelle Charpentier a reçu de nombreuses distinctions internationales, notamment des décorations, des distinctions, des prix et des récompenses, de la part des membres élus d’académies scientifiques nationales et internationales, et des doctorats honorifiques d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord. Parmi les prix les plus prestigieux, elle a reçu le prix du Japon, le prix Kavli en nanosciences, le prix Wolf, le prix Tang pour la science biopharmaceutique, le prix Breakthrough en sciences de la vie, le prix international Canada Gairdner, le prix Massry et bien d’autres.

CRISPR-Cas9 est rapidement passé d’un domaine spécialisé de recherche scientifique à un sujet majeur des affaires mondiales. Emmanuelle Charpentier et ses contributions scientifiques ont été présentées dans OOOM (2017, 2018, 2019), Forbes (Europe’s Top 50 Women in Tech 2018), TIME magazine (2016 short list for Person of the Year et 2015 list of the 100 Most Influential People in the World), Vanity Fair (listes 2014, 2015, 2018 des 50 Français les plus influents, liste 2016 du New Establishment), Foreign Policy (liste 2014 des 100 Leading Global Thinkers) et bien d’autres. (Paragraphes extraits et traduits de la biographie d’Emmanuelle Charpentier présente sur son site Web.)

Suite à son prix Nobel de chimie, Emmanuelle Charpentier a été sollicitée pour répondre à de nombreuses interviews. Dans la vidéo ci-dessous, par exemple, elle parle de son émotion lorsqu’elle a reçu le coup de téléphone du secrétaire général de l’Académie des sciences royales de Suède.

Traduction d’un extrait de ses propos :

« En général, les prix Nobel sont décernés entre 20 et 30 ans après les découvertes. Et cette découverte [CRISPR-Cas9, ndlr] a seulement eu lieu il y a 8 ans ! […] C’est juste le reflet de ce qui se passe de nos jours. C’est grâce au travail collaboratif des scientifiques. Nous collaborons avec tous les scientifiques, quels qu’ils soient, femmes ou hommes. […] La science devient plus moderne et implique davantage de femmes à la tête d’équipes de recherches. »

Comme l’affiche la vidéo à la fin : “Women in science have the power to change the world” : “Les femmes en sciences ont le pouvoir de changer le monde”.

Emmanuelle Charpentier est ainsi la sixième femme à se voir décerner le prix Nobel de chimie.

Image tirée de l’émission “C à vous” du 07/10/2020.

 

La technique CRISPR-Cas9

La technique CRISPR-Cas9 est une « technique d’édition génomique » permettant de corriger l’expression des gènes. Elle vise à soigner les maladies génétiques, à corriger les erreurs de l’expression du génome dans les cellules. Cette technique fournit de grands espoirs dans la lutte contre le cancer. A ce jour, CRISPR-Cas9 est la plus efficace, la plus rapide et la moins chère mise au point. C’est pour cette raison qu’elle a rapidement été diffusée à de nombreux laboratoires à travers le monde. Ils peuvent l’utiliser aisément et à moindre coût.

Cette découverte révolutionne la recherche en sciences de la vie et a ouvert de toutes nouvelles opportunités dans les biotechnologies et les thérapies géniques biomédicales qui ont un impact sur la société et l’humanité. Le domaine de CRISPR-Cas9 continue de se développer à une vitesse fulgurante, avec de nouvelles applications passionnantes qui émergent presque chaque semaine. Les avancées technologiques dans le domaine sont fulgurantes partout.

La technique CRISPR-Cas9 expliquée simplement :

 

Grâce à cette technique, la recherche fait déjà d’énormes bonds en avant, et va même trop loin, trop vite, comme en Chine :

 

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, vous assistez au passage de notre civilisation au stade II de l’évolution selon l’échelle de John Barrow – « l’anti-échelle de Kardashev » ! Nous devenons capables de transplanter, remplacer, sélectionner et manipuler les composants de bases des individus, que sont les organes, les cellules et les gènes. (Source : “Echelle de Kardashev“.)

Bienvenue dans le futur !

H.G.

 

A noter : toutes les traductions sont de l’auteure de l’article.

 

Articles précédents, dans la série “Les Femmes et la science(-fiction)” :

Magali GUYOT, écrivaine française de science-fiction – octobre 2020 ;

Katherine Coleman Goble Johnson, mathématicienne et ingénieure spatiale américaine – juillet 2020 ;

Andrea GHEZ, astronome, chercheuse américaine – juin 2020 ;

Célia IBANEZ, écrivaine française de science-fiction – mai 2020 ;

Katie BOUMAN, scientifique américaine – avril 2020 ;

Marie CURIE, scientifique naturalisée française, d’origine polonaise – mars 2020.

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